Février 1944

5 février, lancement de l'opération Korporal (Caporal)

Suite à la démonstration de force des maquisards le 11 novembre 1943 à Oyonnax, de nombreux accrochages et affrontements ont lieu dans le Bugey. Les troupes allemandes, la milice et les Groupes Mobiles de Réserve (G.M.R.) composés de gendarmes français, sont l’objet d’embuscades fréquentes.

Un décret permet d’élargir les mesures de répression à l’ensemble de la population et non plus aux seuls « terroristes ». La peine de mort est prévue pour les résistants capturés, d’autres peuvent être jugés devant un tribunal militaire avant d’être fusillés. A l’issue des arrestations, ceux qui reçoivent le statut de «Nacht und Nebel» (NN) sont condamnés à mourir en déportation sans qu’aucune nouvelle ne soit jamais donnée à leurs familles.

Première des opérations militaires dirigées contre les maquis de l’Ain, l'opération Korporal est décidée lors d’une réunion à Lyon à laquelle participe Klaus Barbie. Le Groupement sud des maquis de l'Ain en est la cible. L’état de siège est signifié au Préfet de l’Ain le 5 février 1944 au matin. La milice française, des SS et d’autres forces militaires de l’occupant se coordonnent, soit près de 2 500 hommes. La Sipo-SD, police de sûreté allemande regroupant deux organes, la Gestapo (police politique) et la Kripo (police criminelle), est responsable des mesures policières contre les civils, incendies, rafles et déportations.

Traquer les résistants, terroriser la population

Dans le Bugey et le Valromey, l’occupant s’acharne sur la population, les maires sont sommés de livrer des résistants, des communistes. Nombreux sont les édiles qui payèrent de leurs vies la protection de leur concitoyens. Les personnes suspectées d’aider le maquis sont interrogées, torturées, fusillées. Une centaine de maisons sont incendiées. L’action est ciblée sur une vaste zone montagneuse à l’est du Rhône, comprise entre Ambérieu-en-Bugey, Poncin, Bellegarde, Seyssel et Artemare, entièrement bouclée par l’Armée allemande, avec pour mission de « nettoyer » les camps du maquis. Evosges, Ruffieu, l’Abergement-de-Varey sont concernés. 

Un lourd bilan

Les opérations militaires sont considérablement freinées par d’abondantes chutes de neige. Il y a peu de véritables combats, mais le bilan est lourd pour les civils du secteur :

à l'Abergement de Varey, où le commandement départemental des Maquis s’est replié depuis Brénod pour rejoindre la ferme de la Montagne. Elle est attaquée le 8 février par près de 300 soldats allemands. Encerclés, 10 résistants tombent sous les rafales de mitraillette, 2 sont grièvement blessés, les autres parviennent à s’enfuir.

- à Génissiat, 62 personnes civiles sont arrêtées et 34 emmenées,

- à Aranc, le 7 février, 3 habitants fusillés et 18 déportés,

- à Montgriffon, le maire Marius Chavant est fusillé,

- au Petit-Abergement, la famille Berne est décimée,

- à Brénod, le 6 février, 3 colonnes allemandes prennent possession de Brénod. Jusqu'au 14 février, les habitants sont terrorisés par les soldats. 3 jeunes maquisards sont exécutés et enterrés sur place. De nombreuses maisons et fermes sont incendiées, après pillages. Des bijoux, de l'argent, du linge et du bétail sont volés. La coopérative laitière est entièrement pillée. Chez une agricultrice, veuve, les allemands tuent un veau et le consomment à son domicile. En tout, 34 personnes dont 2 femmes sont arrêtés et tous sont déportés. 15 ne reviendront pas.

- à Culoz, 2 déportés et 2 fusillés.

- à Hauteville, 20 personnes sont déportées. L’opération de répression n’épargne pas les pensionnaires juifs des sanatoriums, malgré les certificats médicaux du docteur Bonafé qui permirent à certains d'échapper aux rafles. 8 malades juifs sont arrêtés et déportés à Auschwitz.

- à Evosges, plusieurs fusillés dont le maire M. Jacquemet,

- à Belleydoux, 5 déportés, 1 fusillé et 21 maisons incendiées,

- à Cerdon, le 5 février, un détachement de soldats allemands et de miliciens emmenés par Francis André, envahissent le village. Les hommes s’enfuient en direction de Saint-Alban mais le secteur est cerné. Beaucoup sont fusillés, d’autres arrêtés comme Lucien Curbillon. Le maire Emile Rougemont est contraint de lire un message à la population, et sommé de dénoncer les communistes. Il ne citera aucun nom. Il tentera plus tard d’obtenir la libération de ses concitoyens en se rendant à la prison de Montluc à Lyon. Les hommes valides ont été emmenés à Poncin pour être interrogés. 8 seront déportés. Le 16 mars, tous les hommes de Cerdon sont réunis sur la place du village et le maire est interrogé. On craint une rafle massive, des camions sont stationnés au bas du village. Suite à une fausse annonce d’attaque du maquis, les Allemands repartiront précipitamment avec 4 hommes qui seront déportés.

- à Anglefort, 4 personnes sont déportées le 10 février dont deux jeunes frères (Thiboud).

- à Ambérieu-en-Bugey, 19 personnes sont arrêtées entre le 5 et le 9 février.

- à Nantua, à partir du 10 février, la Gestapo munie d’une liste de supposés résistants et communistes arrête 40 personnes. Elles sont transférées à Bellegarde, Lyon, puis Compiègne et enfin Mauthausen. Parmi eux se trouvent 6 gendarmes de la brigade de Nantua à laquelle est reproché son laxisme à l’égard des réfractaires et opposants. Jean Maréchal, Jean Donet, Emile Barbe, Georges Chevalon, Julien Vernet et Antoine Oviste périront dans les camps nazis tout comme leurs compagnons d’infortune.

- à Poncin, 4 jeunes sportifs de l'équipe d'athlétisme de Bellegarde et leur chauffeur de taxi sont arrêtés sans raison alors qu'il se rendent à une épreuve de cross à Bourg-en-Bresse. Finalement, 3 seront déportés, dont 2 ne reviendront pas.

- à Bellegarde, entre le 6 et le 11 février, 11 personnes sont arrêtées, dont 5 parce qu'ils sont juifs. Tous seront déportés.

- à Belley, 6 hommes sont arrêtés le 7 février, 3 seront déportés.

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Au total, le commandement allemand déclare que 75 « terroristes » ont été tués, parmi lesquels des civils, et 64 camps du maquis détruits.

 En savoir plus : http://www.maquisdelain.org/index.php?r=article&id=23